Pour la défense de droits chèrement acquis
par Matthias Bütikofer
La défense des intérêts spécifiques des personnes handicapées assume un rôle important lorsqu’il s’agit d’examiner les modifications de la législation et coordonner la résistance à une large échelle. Toutefois, le financement de cette prestation n'est pas sans soulever quelques controverses au sein de la typhlophilie.
La LAI, et plus précisément les révisions de cette dernière, est, par la force des choses, un des domaines d’activité les plus sensibles de la défense des intérêts des personnes handicapées. Ainsi, la défense des intérêts examine dans quelle mesure les révisions de la LAI ont des effets sur les bases légales. Lorsque ces révisions impliquent une détérioration de la situation financière, professionnelle et sociale des personnes handicapées, nous consultons les autres organisations qui défendent les intérêts des personnes handicapées pour mener ensemble une intervention concertée. Toute constitution d’opposition de la part des organisations de personnes handicapées - qui s'exprime souvent sous la forme d'un référendum - engendre des dépenses considérables. Aussi l'UCBA se permet-elle de solliciter auprès de ses organisations membres une contribution facultative au financement de cette campagne.
La défense des intérêts au sein du handicap (visuel)
Conjointement avec ses plus grandes organisations membres telles que la Fédération suisse des aveugles et malvoyants (FSA), l'Union suisse des aveugles (USA) et la Bibliothèque suisse pour aveugles et malvoyants (SBS), l'UCBA coordonne la défense des intérêts des personnes aveugles et malvoyantes au plan politique. A l'échelon suivant, soit au niveau des associations qui défendent les intérêts des personnes handicapées dans leur ensemble, c'est la Conférence des organisations faîtières de l’aide privée aux handicapés (DOK) qui assume cette coordination.
Réactions diverses
Depuis toujours, les sollicitations financières suscitent de la part des organisations membres des réactions fort différentes. L'on peut distinguer entre trois principaux types de réaction. Premier cas de figure : Certaines institutions souhaitent expressément que les organisations typhlophiles fassent front commun en matière de la défense des intérêts. Dans cet esprit, elles sont disposées à participer au financement de campagnes visant à sauvegarder les droits acquis des personnes concernées, voire à les consolider. Le deuxième groupe est certes favorable à une influence politique accrue, mais estime qu’il incombe à l'UCBA de la financer intégralement. Enfin, le troisième type de réaction se caractérise par un refus catégorique de toute défense des intérêts au plan politique. Les organisations qui adhèrent à ce point de vue le justifient en arguant que leurs moyens doivent profiter à leurs membres directement, sous la forme de prestations individuelles. Consacrer ces moyens financiers à la défense des intérêts reviendrait en fin de compte à détourner les fonds de ces associations ou fondations de leur destination première.
Réflexions sur le financement de la campagne
En fin de compte, toutes les prestations fournies par les organisations typhlophiles tendent à remédier aux désavantages liés au handicap et, en même temps, à promouvoir au mieux l'égalité des chances, devoir inscrit dans la Constitution fédérale. Cependant, la volonté politique de participer aux coûts supplémentaires liés à la compensation des inégalités varie au cours du temps et dépend de plusieurs facteurs.
Quelles sont les réflexions de l'UCBA par rapport au financement des campagnes politiques en vue de la défense des intérêts des personnes handicapées ? En principe, l'UCBA prend acte avec satisfaction lorsque des organisations membres tiennent compte de l'aspect de la défense politique des intérêts et acceptent de faire leur part pour au moins défendre les droits déjà acquis des personnes concernées. Le but n’est pas de lancer des pavés dans la marre ni de se livrer à des déclarations moralisatrices dénuées de nuances. Au contraire, il s'agit de montrer clairement aux instances politiques et aux autorités les prestations nécessaires pour compenser les inégalités ainsi que l'efficacité des prestations fournies. Le deuxième groupe - qui estime que la défense des intérêts est bien une prérogative de l'UCBA, mais qu'il appartient à cette dernière de la financer entièrement - pense à tort que les cotisations des organisations membres suffiraient à couvrir les frais qu'engendrent les campagnes ponctuelles. Je tiens à souligner que l'UCBA préfère solliciter de temps à autre la participation financière des organisations membres pour des actions ponctuelles que procéder à des augmentations linéaires de leurs cotisations.
Aucun principe d'exclusion pour les prestations collectives
Le refus du troisième groupe de soutenir financièrement d'importantes actions dans le domaine de la défense des intérêts ne manque pas d'ambiguïté. Les organisations typhlophiles ne sont-elles pas précisément, de par leur expérience quotidienne, les mieux à même pour connaître les besoins financiers et leurs causes? Il est difficile de comprendre pourquoi, contrairement aux prestations individuelles directes, des prestations collectives telles la défense des intérêts des personnes concernées constitueraient, du point de vue statutaire, un détournement de fonds de leur destination première. Ce point de vue ne fournit aucune indication permettant d'établir si ses représentants estiment que la défense des intérêts ne répond pas à une nécessité ou s'ils s'attendent à voir cette tâche accomplie par d'autres. La défense des intérêts constitue une prestation collective, au même titre que les feux d'artifices du 1er août organisés par une commune, la conclusion d'une convention collective de travail ou l'obtention du droit de vote des femmes. Pour de telles prestations, le principe d'exclusion n'est pas applicable. Par conséquent, les "non-payeurs", les « non-engagés » profitent aussi de ces prestations, ce qui incite une attitude opportuniste.
L'importance variable qu'accordent les différentes organisations typhlophiles à la défense des intérêts constitue aussi un indice intéressant : il révèle que les actions menées en faveur de la défense des intérêts soulèvent de vives discussions au sein même des organisations typhlophiles, mais pas au niveau des représentants des différentes organisations nationales du handicap visuel. Dans la présentation ci-dessus des trois positions types les plus courantes en matière de défense des intérêts, il s’agit de faire le point émotionnel et d'analyser ses propres vues et convictions concernant cette importante question à la lumière des réflexions d'autrui.
